Université d’été du Pôle Républicain

Chaville, Hauts-de-Seine

Samedi 31 août 2002

Intervention de Georges SARRE

 Il y aura un an d’ici quelques jours, le 4 septembre 2001, Jean-Pierre Chevènement se déclarait candidat à la présidence de la République française. L’évènement fit date. Il marqua jusqu’au premier tour toute la campagne présidentielle. Le 9 septembre suivant Jean-Pierre Chevènement prononçait le discours de Vincennes. Il donnait à sa démarche un contenu ambitieux visant à un large rassemblement. Il n’y a rien à modifier à ce texte. Il présente les orientations et souligne avec force les principes qui nous réunissent toujours. Il reste la meilleure actualisation que nous puissions présenter d’une vision authentiquement républicaine de la société.

 

Aujourd’hui, en cette rentrée, il nous faut comme chaque parti, chaque mouvement politique, mesurer les nouveaux rapports de force après le séisme du printemps dernier et tracer nos orientations stratégiques. Il nous faut débattre. Pour nous tous qui étions rassemblés aux élections présidentielles autour de la candidature de Jean-Pierre Chevènement, la déception a été amère, bien évidemment. Mais l’heure n’est plus aux lamentations et aux regrets. Le temps est venu de tirer les conclusions et d’agir.

 

Tout d’abord, le point essentiel est le résultat obtenu le 21 avril par Jean-Pierre Chevènement. Il doit s’apprécier dans le contexte général de cette élection : celui d’un fort rejet du système politique, manifesté par le poids des abstentions, l’émiettement sans précédent des suffrages et le succès des candidatures protestataires en particuliers celle de Le Pen. Je n’insisterai pas, présentement, sur le procédé mis en œuvre pour faire disparaître Jean-Pierre Chevènement de la scène politique quand il est devenu menaçant pour le système en place : les télévisions se fermèrent le 20 février. Dans ce contexte ce n’est pas rien d’avoir réalisé un score supérieur au quart de celui de Jacques Chirac et voisin du tiers de celui de Lionel Jospin, un score très supérieur à celui du candidat du Parti Communiste.

Ce n’est pas rien d’avoir franchi ce seuil de 5% qui est celui de la crédibilité et que n’ont pas atteint tant d’autres candidats ! Ce n’est pas rien que de n’avoir été significativement distancé que par Jacques Chirac, Le Pen et Lionel Jospin ; Bayrou n’ayant dû son avantage qu’à la chance d’une gifle administrée à un jeune pickpocket et médiatisée au bon moment.

 

Par delà notre déception, il faut bien marquer cette réalité : par sa campagne courageuse, Jean-Pierre Chevènement a fait entendre, haut et clair, la voix de la République. Il a contraint les autres principaux candidats à rendre hommage à leur tour, fût-ce du bout des lèvres, aux valeurs républicaines. Il a gagné le droit d’exister politiquement, indépendamment des appareils, des lobbys, des côteries, des clans, des mafias. Nous pouvons être fiers de l’avoir accompagné tout au long de cette campagne et lui rester profondément reconnaissants d’avoir accepté de la conduire. Parce que la République ne meurt pas, même si elle perd une bataille. Bien que la République reste une idée neuve, nous devons nous préparer, avec lui, à poursuivre le combat. Nous sentons bien tous que ce combat, dans la situation nouvelle issue des élections législatives et présidentielles, va être extrêmement difficile. Parmi les problèmes de toutes sortes auxquels nous sommes confrontés, je veux particulièrement en mentionner trois de nature différente : la domination sans partage de la droite chiraquienne, nos difficultés à faire passer le message républicain auprès des couches populaires, enfin, la nécessaire clarification des rapports entre le message républicain d’une part et les notions de gauche et de droite d’autre part.

 

Le rapport de force actuel au plan des institutions est en apparence plus défavorable qu’il ne l’a jamais été. Quant à la réalité du pays, c’est autre chose : j’y reviendrai.

 

Le score de Jacques Chirac le 21 avril était misérable pour un Président de la République sortant – moins de 20 % des voix – et témoignait d’un rejet plutôt que d’une adhésion populaire. Il a pourtant réussi à domestiquer toute la droite au sein de son UMP, à marginaliser les rares éléments qui, comme Bayrou, refusaient leur allégeance et à infliger aux élections législatives une cuisante défaite aux fragments éclatés de l’ancienne gauche plurielle.

 

Nous avons été emportés par cette vague comme tant d’autres et non des moindres : le Président de l’Assemblée nationale, plusieurs anciens membres emblématiques du gouvernement sortant, ou encore la quasi-totalité des candidats écologistes sauf à Paris ... et à Bègles grâce à l’accord électoral passé avec le PS.

 

Qu’on ne vienne surtout pas nous dire, comme le font encore certains, aujourd’hui, que nous porterions une part de responsabilité dans cette victoire chiraquienne si peu méritée du fait des critiques méritées que nous avons faites du bilan et des propositions du candidat Jospin. Ce n’est pas notre sécession qui a empêché Jospin d’être au second tour, mais l’éclatement de toute l’ancienne « gauche plurielle ». Ce n’est pas le hasard qui a fait que les radicaux de gauche, presque toujours rangés en pareil cas sous la bannière socialiste, aient eu cette fois une candidate, si cette candidate a fait beaucoup plus de voix qu’il n’en a manqué à Jospin pour distancer Le Pen, si les communistes et les écologistes eux-mêmes ont mené des campagnes fort critiques à l’égard du candidat socialiste.

 

Ce n’est pas notre faute si aucun ancien premier ministre en exercice n’a réussi jusqu’à présent à passer directement de Matignon à l’Élysée, si Jospin après 5 années de pouvoir a abordé cette élection « usé et fatigué », lui aussi, politiquement plus encore que physiquement. Ce n’est pas notre faute, bien au contraire, si son bilan présentait des failles béantes et si sa campagne a été exécrable. Quand bien même nous aurions tu ces évidences criantes, cela ne les aurait pas empêché de produire leurs effets.

 

Non, nous ne sommes pas responsables de la défaite des socialistes et nous ne nous sentons pas la vocation d’en être les boucs émissaires. Certains responsables socialistes commencent à dénoncer la politique suivie par le gouvernement de Lionel Jospin. Nous aurions aimé qu’ils le fissent pendant que celui-ci était aux affaires, qu’ils le fissent donc avec nous, en même temps que nous. Jean-Pierre Chevènement l’a fait au sein du gouvernement jusqu’au moment où il lui devenait impossible de rester sous peine d’incohérence. Les députés du MDC l’ont fait à la tribune de l’Assemblée nationale ! Nous nous sommes opposés au traité d’Amsterdam, à la loi sur les nouvelles régulations économiques, à la loi sur la modernisation sociale, au projet de loi sur la Corse … J’en passe !

 

Pendant la campagne présidentielle nous avons aussi dénoncé un programme qui, certes, n’était pas socialiste, comme l’avouait lui-même Lionel Jospin, mais qui était parfaitement libéral avec, il est vrai, une touche sociale et surtout une dimension libertaire. Cette lucidité, cette franchise, on nous les a suffisamment reprochées. Alors les ouvriers, ou plutôt les ouvrières de la 25ème heure nous laissent sceptiques sur le sens de leur démarche. Aujourd’hui passons à la contre-attaque et faisons litière des procès d’intention.

 

Il n’empêche – les faits sont là : la mainmise chiraquienne sur toutes les institutions : Élysée, Matignon, Assemblée nationale, Sénat, Conseil Constitutionnel, CSA, haute administration, sans compter la plupart des régions, des départements et des communes. Une situation politique bloquée :  voilà la première difficulté que nous rencontrons, comme tous ceux qui ne font pas allégeance à Jacques Chirac, en cette rentrée 2002.

 

Les deux autres difficultés dont je veux parler conditionnent notre propre positionnement politique : l’écho de notre message républicain reste insuffisant, le message lui-même a été mal compris, mal interprété aux yeux de beaucoup.

 

L’écho rencontré au cours de la campagne présidentielle a été nous le savons bien, considérable. Il a touché beaucoup plus de françaises et de français que ne le laisserait supposer le score brut final. Les milieux intellectuels, les cadres, les professions libérales ont souvent été attentifs, surtout en début de campagne, même si beaucoup sont finalement revenus à leur comportement électoral habituel.

 

En revanche, nous n’avons pas su atteindre significativement les couches populaires d’ouvriers, d’artisans, d’employés, de petits commerçants, de paysans modestes, ces couches qui payent au prix le plus élevé la mondialisation ultra libérale et la politique d’alternance entre le pareil et le même qui soumet inexorablement notre pays à cette mondialisation. Nous n’avons pas su vaincre leur scepticisme devant la perspective de conduire et de réussir une autre politique telle que nous la dessinions. Ils ont préféré s’abstenir ou se disperser sur des votes protestataires inutiles. Nous avons échoué à les convaincre que la défense de leurs intérêts concrets, immédiats et à terme, passait par la politique que nous proposions.

 

Pourquoi cet échec ? Ils nous faut en débattre. Faut-il mettre seule en cause la présentation du message, trop intellectuelle ou trop abstraite ? Ne faut-il pas aussi réfléchir aux raisons pour lesquelles a été perdu le contact entre les couches sociales et l’ensemble du monde politique, pas seulement nous, mais aussi la totalité des organisations qui avaient naguère vocation à en exprimer les aspirations ?

 

Si le parti que nous voulons construire veut atteindre ses objectifs, une des conditions essentielles en sera qu’il devienne capable de faire le lien entre les intérêts directs des couches populaires et nos orientations générales et de le traduire en mots d’ordre et en propositions concrètes, faciles à faire comprendre et à populariser. La pédagogie n’est pas seulement une priorité. Elle est à l’ordre du jour.

 

La troisième difficulté que je veux mentionner est aussi importante.

 

Chacun a pu constater que parmi les raisons qui expliquent la sévérité de notre échec aux législatives, il entrait la difficulté qu’on eue les électeurs à percevoir notre positionnement par rapport à l’enjeu immédiat. L’enjeu immédiat d’une élection législative, c’est presque toujours, en fin de compte, de savoir qui l ’emportera de la droite ou de la gauche coalisées. Le scrutin majoritaire à deux tours empêche d’ailleurs qu’il puisse en être autrement.

 

Or nous sortions d’une longue campagne présidentielle où nous avions défendu les valeurs supérieures de la République au-dessus d’une droite qui avait oublié la Nation et d’une gauche qui avait oublié le peuple. Nous n’avions roulé ni pour l’une, ni pour l’autre, nous n’avions d’accord politique avec personne. Comment s’étonner si nous nous sommes trouvés décalés par rapport aux préoccupations immédiates des électeurs qui lorsqu’ils ne s’abstenaient pas entendaient arbitrer le duel droite gauche ? Le résultat des élections législatives, à quelques nuances près, était contenu dans celui du premier tour de l’élection présidentielle. Nous avions tenté, par-dessus les frontières traditionnelles de la droite et de la gauche de rassembler sur les valeurs de la République.

 

Il est temps aujourd’hui de faire un bilan. Nous avons vu venir de la droite, un certain nombre de personnalités. Mais elles provenaient surtout des milieux intellectuels et universitaires. Il n’y avait parmi elles que très peu de personnalités actuellement investies de responsabilités électives importantes et ayant une assise électorale significative. D’ailleurs, nombre d’entres elles sont déjà reparties. Le rêve un moment caressé de rassembler les républicains des 2 rives, s’est achevé sur une désillusion. Nous avons vu une fois encore les plus connus d’entre eux, aux élections législatives, mettre dans leurs poches leurs étendards tricolores et proclamer, comme Pasqua et De Villiers, que leur priorité était de battre la gauche, même s’il fallait pour cela faire élire, toute honte bue, de fervents partisans de la supranationalité

 

Cette démarche a pu faire naître chez des électeurs une équivoque suite aux attaques qui nous étaient portées. Dissipons ces miasmes. Le «  ni gauche, ni droite » n’a jamais été notre credo et cette invention malveillante et nuisible doit être récusée.

 

Les propositions de Jean-Pierre Chevènement étaient claires et nettes. Elles contenaient implicitement et explicitement un clivage avec la droite. Être un vrai républicain, c’est être attaché à l’égalité des citoyens, c’est être attaché au principe de laïcité, c’est être attaché à l’égalité des chances, c’est être attaché à l’instruction publique de qualité gratuitement offerte à tous, au service public, à la solidarité avec les personnes âgées, les malades, les plus démunis. La République est sociale, la République est solidaire sinon elle n’est plus qu’un vain mot.

 

L’opposition – la « gauche » pour les électeurs - ne se reconstruira pas durablement sur d’autres bases que celles d’un retour à ces valeurs républicaines. La République sociale est le passage obligé vers une alternative crédible à la droite.  Et parce que nous sommes les seuls à incarner ces valeurs si nécessaires, nous sommes, plus que d’autres, fondés à provoquer cette reconstruction. Je dirais même que nous en avons le devoir moral et politique. Nous manquerions à ce devoir en nous retirant sur l’Aventin.

 

Nous parlons donc de gauche. Nous sommes tranquillement et fermement de gauche. Mais il y a gauche et gauche.

 

Que peut bien vouloir dire aujourd’hui être « de gauche » ? c’est un pavillon dont on recouvre des marchandises très diverses, dont on ne voit plus guère aujourd’hui comme dénominateur commun qu’une forme d’allégeance électorale au Parti Socialiste. Au nom de quoi ceux-là qui ont tourné le dos aux valeurs de la gauche, qui ont abandonné la défense des couches populaires prétendent ils parler au nom de toute la gauche ? Au nom de quel droit divin ? A nous de lancer le débat, d’entrer dans le débat, pour y développer nos analyses et nos propositions. Elles restent celles du discours de Vincennes et de la campagne présidentielle. Elles sont plus à gauche que les discours et les actes d’une gauche auto proclamée. C’est à nous, sans complexe, de faire en sorte que l’opinion enfin la comprenne. Car, cette gauche après trois séquences de 5 années de pouvoir en 21 ans est en crise. Bien sur, il y a d’abord le concours des écuries pour désigner le candidat de 2007.

 

Surtout, plus profondément, cette gauche est en crise parce qu’elle n’a plus de projet ou, tout au moins elle peine  à se distinguer de la droite : le social libéralisme pour mettre la France en conformité avec les impératifs de la mondialisation règne sur les esprits. Prenons un exemple. Comme vous le savez la constitution européenne est préparée par la convention pour l’avenir de l’Europe présidée par VGE. Lionel Jospin avec l’aval de Jacques Chirac y avait désigné pour représenter le gouvernement Pierre Moscovici, son ministre des affaires européennes, rien que de très normal. En revanche Jean-Pierre Raffarin a confirmé après hésitation Pierre Moscovici dans cette fonction, en arguant de la continuité de l’État. Argumentation dérisoire, l’Etat ne se confond pas avec le gouvernement, et Pierre Moscovici est un responsable politique, un dirigeant du PS. Au regard de cette attitude, qui n’est pas seulement individuelle, il apparaît que sur un sujet aussi essentiel que la Constitution européenne, le PS n’est pas complètement dans l’opposition.

 

Les enseignements une fois tirés de ces grands évènements qu’ont été les élections présidentielles et législatives, il faut nous tourner vers la situation présente et vers l’avenir. En apparence, les Chiraquiens dominent la France et le capitalisme américain régit le monde. Pourtant la situation est moins bloquée qu’elle ne paraît. Wall Street est atteint en profondeur par la faillite de plusieurs entreprises de premier plan, par la révélation de failles béantes du système de contrôle comptable, qui ont permis qu’on en arrive là, sans avoir rien vu venir, par la méfiance enfin qui rejaillit sur l’ensemble du système capitaliste. Ceux qui naguère encore nous rebattaient les oreilles avec la prétendue nécessitée d’accrocher les retraites aux fonds de pensions et par-là aux aléas boursiers, se font aujourd’hui d’une discrétion de violette.

 

Au plan international, après le 11 septembre et le succès de l’intervention américaine en Afghanistan, l’opinion mondiale a commencé à prendre des distances avec la politique américaine. La folle préparation d’une intervention miliaire en Irak, au mépris du droit international et de la chartre des Nations Unies, tout cela a retourné contre les USA une grande part des opinions publiques dans le monde. Les ravages de la mondialisation ultra-libérale sont de plus en plus reconnus et dénoncés de par le monde, comme en témoignait récemment la rencontre de Porto-Alègre. L’Europe elle-même peine  de plus en plus à remplir sa fonction de relais de la domination américaine. L’élargissement nécessaire pose des problèmes inextricables auxquels le sommet de Nice n’a trouvé à ce jour que de fausses solutions.

 

Les opinions nationales prennent une conscience toujours plus vive du caractère antidémocratique des institutions européennes telles qu’elles fonctionnent aujourd’hui et du rôle irremplaçable à tous égards des états nationaux.

 

Malgrè les quelques 80 % de voix obtenues dans les conditions qu’on peut qualifier elles aussi d’abracadabrantesques le Président de la République est un mal élu.

 

La fragilité profonde du pouvoir chiraquien n’est pas encore visible. Il n’a rien à craindre pour l’instant d’une gauche en miettes. On a mis en réserve, provisoirement ou non, les éléments les plus brutaux et les plus maladroits comme Alain Juppé. On a mis en avant le bon monsieur Raffarin, qui présentait le double avantage d’être inconnu et de n’avoir rien fait. Le voici maintenant illustre et n’ayant toujours rien fait d’autre que de peaufiner son image. Il continue donc de bénéficier d’un préjugé favorable. L’été s’est passé sans encombre.

 

Comme le chat de la fable le bon Raffarinagrobis  reste en embuscade, s’efforçant d’inspirer confiance aux français pour mieux les croquer au moment opportun. Cependant que Sarkozy vibrionne,  occupant le terrain et nous rejouant à sa façon le gendarme de Saint Tropez sans que pour autant la sécurité s’améliore sensiblement.

 

Hélas pour eux, cet état d’apesanteur ne pourra durer. Monsieur Raffarin sera bien obligé d’agir, ne serait-ce que pour faire voter le budget. Il sortira alors de l’ambiguïté et ce sera alors à son détriment.

 

Car il lui faudra alors s’attaquer à la quadrature du cercle et exécuter alors les promesses électorales de Jacques Chirac, qui comme à son habitude a tenu à chacun le langage qu’il souhaitait entendre et a promis tout et le contraire de tout. Aux partenaires européens, il a garanti à Barcelone un rigoureux équilibre des finances publiques, en même temps qu’il annonçait aux français la réduction des impôts et des charges et l’augmentation des dépenses. Monsieur Raffarin devra aussi, selon ces promesses, réduire les effectifs de fonctionnaires, mais augmenter ceux de la police, de la justice et des hôpitaux. Il faudra bien décider quelles promesses seront tenues, s’il en est, et lesquelles ne le seront pas. Tout laisse prévoir que c’est alors que se révèlera le caractère rétrograde et antisocial de ce gouvernement. Il est d’ores et déjà quasi certain que la recherche scientifique, malgré les déclarations de la campagne, fera les frais des difficultés budgétaires, une fois de plus. Il est plus que probable que priorité sera donnée à l’absurde réduction de 5 % de l’impôts sur le revenu, qui n’apporte rien à la moitié des français les plus modestes. Des coupes claires se préparent dans les effectifs de la fonction publique. De nouvelles privatisations sont en route dont les produits  serviront selon toute probabilité  non à garantir le financement à venir des retraites mais purement et simplement aux dépenses courantes générées par les promesses de Jacques Chirac.

 

Il est question aussi de manipuler les lois électorales de manière à corseter un peu plus encore l’expression du suffrage universel en limitant son choix aux deux candidats arrivés en tête au premier tour des législatives. On verrait ainsi à bref délai le débat politique utile se limiter au parti chiraquien et au Parti Socialiste. Du moins l’espèrent ces apprentis sorciers, car on a vu dans l’histoire bien des manipulations de ce type se retourner contre leurs auteurs et dans un contexte d’impopularité croissante et justifiée, les deux grands partis de  gouvernement s’exposent comme au présidentielles à d’amères surprises qui pourraient profiter aux pires démagogues.

 

Bref, on nous prépare une politique anti-sociale, antidémocratique, une politique de liquidation des moyens de l’État, avantageuses au plus favorisés et dure aux plus démunis donc à l’opposé des valeurs républicaines telles que nous les concevons, telles que nous les aimons.

 

L’heure est à la vigilance. Elle sera demain à la résistance. Celle-ci sera forte. Elle ne viendra pas seulement des partis politiques mais des forces vives de la société. Nous aurons le devoir de nous inscrire dans une opposition résolue, de prendre à cette résistance la part la plus active.

 

Mais le tout n’est pas de s’opposer. Il faut reconstruire. Ne cédons pas comme certains à la tentation groupusculaire, à l’illusion que nous pourrions aboutir seuls pour conserver les idées et les mains pures. Ne cédons pas non plus comme d’autres à l’autre tentation alimentée dès à présent par certaines sirènes socialistes qui consisterait à envisager  je ne sais quel regroupement, quelle confédération des gauches qui, sous le leadership de ce parti, ferait  pendant à l’Union pour la Majorité Présidentielle.

 

C’est évidemment à gauche, même si ce n’est pas seulement à gauche, que la mise en œuvre d’un projet républicain a des chances de trouver le plus d’appuis, même si nous savons qu’il s’y trouve aussi, sous certains de ses aspects, des adversaires  irréductibles.

 

Avec les composantes de l’autre gauche, il faut parler de politique. Il faut savoir si l’on veut poursuivre dans la ligne qui a conduit le gouvernement Jospin à sa perte ou, comme l’avait annoncé Jospin en 1997 sans malheureusement le faire « revenir en tous domaines à la République ». Il est bien sur trop tôt pour le savoir. Le PCF est en plein désarroi, les Verts en pleine décomposition, des socialistes en pleine effervescence. Chez ces derniers la défaite a délié les langues ; certains ou certaines appliquent à Lionel Jospin le bénéfice d’inventaire dont il s’était lui même prévalu à l’égard de François Mitterrand et commencent à proclamer tout haut un certain nombre de vérités premières que les autres se contentaient de penser tout bas. On assiste à une sorte de course à l’échalotte, c’est à qui sera le plus à gauche. Laurent Fabius est pris pour repoussoir et pour bouc émissaire, comme si les autres n’étaient pas co-responsables de la « dérive droitière » qu’ils dénoncent aujourd’hui à qui mieux, mieux. C’est toujours la même chose au PS, depuis Guy Mollet et même avant. Dans l’opposition on est à gauche, si ce n’est à l’extrême gauche, on s’engage à « rompre avec le capitalisme », « à changer la vie ». Arrivé au gouvernement on change d’avis et on gère.

 

Restons sans illusion, mais restons ouverts, restons attentifs à l’égard de tout ce qui dans la gauche et dans la société bouge et va dans le bon sens.

 

Grâce à la campagne de Jean Pierre Chevènement nous sommes porteurs d’un projet, d’un projet cohérent, d’un projet qui répond aux exigences de notre temps. Si dure qu’ait été la défaite, ce projet constitue une force plus puissante que celle de gros bataillons ; il peut aimanter un mouvement politique et social en pleine mutation. Une nouvelle étape s’ouvre. Elle commence par la construction d’un parti, d’un grand parti populaire. Nous ne sommes pas un club – les clubs ont toute leur légitimité, leur raison d’être. Nous attendons même beaucoup des clubs et des fondations pour nourrir notre réflexion, pour charpenter notre argumentation, pour développer notre conception de l’avenir. D’ailleurs, beaucoup d’entre nous appartiennent à différents structures de réflexion. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Nous sommes un parti politique en devenir et notre congrès constitutif se tiendra dans la première quinzaine de décembre après une convention qui s’ouvre à la mi-octobre .

 

Il s’agit d’abord de débattre, pour nous comprendre, apprendre à mieux nous connaître et fixer une ligne politique, une stratégie claire. Il faudra au congrès adopter une chartre de déclaration de principes, des statuts et fixer dans un texte nos orientations.

 

Bref, en décembre,  nous devons nous mettre en ordre de marche.

 

Ayons confiance et agissons ensemble.